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CNSAD - N'avoir rien accompli et mourir exténué
personnelles [ ]
Les désillusions de la jeunesse

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par [triton ]

2018-06-17  |     | 



J’ai assisté hier (samedi 16 juin) à la représentation de « N’avoir rien accompli et mourir exténué » par les élèves du Conservatoire. Le titre exauce sa promesse : la souffrance envahit la scène et ne relâche jamais son étreinte sur les personnages ! Autant dire qu’on rit peu, sauf parfois d’un rire plutôt cynique face à l’outrance nihiliste de quelques personnages en quête de gloire ou de fortune, qui assument parfaitement d’être de parfaits salopards (notamment Freder, dans « La maladie de la jeunesse » et Frédéric, le fiancé d’Anna, dans « Tambours dans la nuit »).

Comme toujours au Conservatoire, la mise en scène est complexe et tient presque de la performance en montant simultanément trois pièces pour les combiner en une variation sur la soif de vivre et l’impossibilité du bonheur :
* Iphigénie à Aulis, d’Euripide
* Tambours dans la nuit, de Brecht
* Maladie de la jeunesse, de Bruckner

La mise en scène réussit la gageure d’entrelacer ces trois pièces en des tableaux successifs sans changement de décor et sans rupture de ton, révélant ainsi la permanence des drames de la condition humaine. Agamemnon, torturé entre l’amour qu'il voue à sa fille Iphigénie et le devoir du sacrifice réclamé par les dieux et les chefs grecs, n’est pas très éloigné d’Anna, torturée entre son amour refoulé pour André et le devoir du mariage imposé par ses parents. Néanmoins, ce choix de mise en scène a aussi l’inconvénient de susciter de multiples discontinuités dans le déroulement des intrigues parallèles et, sur un spectacle aussi long (3 heures), de s’apparenter parfois à des rebondissements artificiellement créés par le découpage.

Certains tableaux sont parfois précédés d’un récitatif, où un acteur s’avance sur la scène, comme une sorte d’oracle, pour dire, en quelques mots, la vanité des destinées humaines et le caractère inéluctable de la souffrance. Nos vies vécues ne sont pas à la hauteur de nos vies rêvées et, sortie de l’enfance, la vie n’est qu’une désillusion… Même si je n’en suis pas certain, ces textes courts sont probablement extraits des recueils d’aphorismes de Cioran, qui est cité sur la plaquette de présentation du spectacle.
Les trois pièces choisies sont des illustrations de la cruauté du monde, qui détruit toutes les promesses de bonheur et impose des compromissions dictées par la simple nécessité de survivre, de subvenir à ses besoins. Les frustrations de la jeunesse, attisant un désir de révolte ou un sentiment de découragement, déchirent les personnages qui, parfois, ne s'en relèvent pas...

« Maladie de la jeunesse » est sans aucun doute la pièce la plus radicale, parce qu’elle déploie une violence paroxystique qui culmine dans les crises de larmes et les suicides autour d’une maxime qui résonne comme une sentence : « S’embourgeoiser ou se tuer » comme si la société ne laissait pas d’autre choix que de rentrer le rang, en renonçant à tout ce dont on rêvait, ou de crever dans ses bas-côté... Dans cette pièce, de jeunes étudiantes en médecine se préparent à obtenir leur doctorat et à leur vie future. Les couples se font et se défont. Freder est un personnage central, qui fascine les étudiantes qui gravitent autour de lui dans un mélange d'attirance et de répulsion, car Freder ne se contente pas de rentrer dans le rang : il devient acteur de cette société qui instrumentalise et broie et n’a aucun scrupule à utiliser sa beauté et son charisme comme une force de destruction. Bruckner n’élude rien : au-delà de la violence des sentiments, il évoque le désir sexuel, les déchirements de la passion et de la jalousie, les manigances du désir de plaire, etc. Les hommes y sont tous veules ou cyniques, poussant les femmes au suicide ou vers le lesbianisme. La femme la plus heureuse est en fait la jeune bonne des étudiantes, qui se prostitue et prend les hommes pour ceux qu’ils sont, sans aspirer à un quelconque idéal…

La cruauté d’« Iphigénie » est adoucie par le consentement au sacrifice de la jeune fille qui, après avoir lutté contre l’idée de son égorgement dans le bois d’Artémis, se soumet et aspire, par sa « belle mort », à une sorte de reconnaissance qui lui vaudra une gloire éternelle… Même si ce n’est pas l’angle choisi par la mise en scène, il apparaît clairement qu’Iphigénie est peut-être (je ne connais pas assez le théâtre classique pour l’affirmer avec certitude) la première pièce sur la violence de la raison d’Etat et l’écrasement de l’individu par la puissance publique. Comme dans « Maladie de la jeunesse », les hommes, à l’exception d’Achille qui se déclare prêt à lutter les armes à la main pour défendre Iphigénie, les hommes sont tous lâches et calculateurs. Les arguments qu’échangent Agamemnon et Ménélas, dans leurs disputes, avouent leur égoïsme et leur volonté de pouvoir.

« Tambours dans la nuit », qui se déroule en 1919 dans l’Allemagne de l’immédiat après-guerre, est un curieux mélange de drame caustique et de farce un peu potache tant les caractères sont outrés, à l’exception d’Anna dont le caractère complexe dissimule une part cachée qui lui confère de la profondeur. Les parents d’Anna veulent marier leur fille à Frédéric Murk, qui a tiré profit de la guerre pour s’enrichir. La pièce présente les fiançailles forcées puis les noces avortées d’Anna et Frédéric, dans une ambiance crépusculaire de guerre civile, à cause du retour d’André Kragler, l’ancien amour de jeunesse d’Anna, soldat que tout le monde croyait mort et qui revient, après quatre années d’absence, comme un fantôme à la bouche terreuse. Au final, tout ira de mal en pis, malgré des retrouvailles quand les insurgés spartakistes débouleront du quartier des journaux…

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