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La valse
personals [ ]

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by [syriuseyes ]

2018-06-24  | [This text should be read in francais]    | 



Étendue Ă  mĂȘme le sol, comme une brindille ballotĂ©e par le vent, Madeleine est laissĂ©e pour morte. Elle perçoit des pas sourds et des voix mĂȘlĂ©es qui semblent s'affoler autour d'elle. Une voix grave et solennelle la tire de sa torpeur. Il lui semble reconnaĂźtre celle de Michel. Madeleine vous m'entendez ? Lui dit-il en lui tapotant la joue. Laissez-moi vous aider Ă  vous relever. Le bruit strident du train qui dĂ©raille lui fait brusquement ouvrir les yeux. Elle comprend soudain qu'elle vient de tomber du talus, et que Michel tente de la rĂ©veiller rapidement. Les boches ne sont sans doute pas trĂšs loin. Elle se relĂšve brusquement, comme prise de panique, pressant Michel Ă  son tour de se relever et de ne pas rester lĂ . Calmez-vous lui dit-il, asseyez-vous et reprenez vos esprits. Nous sommes lĂ , vous et moi. Vous ne risquez rien. Ah Michel ! Toujours aussi prĂ©venant, toujours cette douceur dans la voix, ce vouvoiement qui donne sa romance Ă  l'amour
 Toujours aux petits soins pour moi mon amour, mais jamais le sens des rĂ©alitĂ©s pense-t-elle. Tu es fou, s'ils nous attrapent ils nous tueront, voire pire. Cours ! Cours Michel ! S'Ă©crie-t-elle avec effroi en s'Ă©lançant dans les couloirs sombres de la gare. Des badauds la regardent. Elle s’affole. Ils ont vu son visage ! Certains collabos dĂ©noncent quelqu’un pour un simple ticket de rationnement... Elle hurle: « Je vous ai vu moi aussi ! Si quelque chose arrive Ă  Michel je saurais bien vous retrouver et vous le faire payer
 Ils emmĂšnent des enfants Ă  la mort vous savez ! Evidemment vous savez. Vous avez peur, ou vous vous en foutez peut-ĂȘtre. Ayez au moins la dignitĂ© de ne pas dĂ©noncer ceux qui tentent de faire quelque chose. »

Calmez-vous, lui dit Michel, je vais bien. Vous faites peur Ă  tout le monde. Les enfants vont bien. Tout le monde va bien. Mes enfants, sanglote-t-elle. Tout le monde va bien lui assure Ă  nouveau Michel. Henri et Charlotte sont en sĂ©curitĂ© renchĂ©rit-il, vous les avez vu hier. Madeleine en entendant le prĂ©nom de ses enfants retrouve ses esprits et se souvient du pourquoi de son combat. Lorsque son mari n'Ă©tait pas revenu du front elle avait dĂ» vendre la maison pour nourrir ses enfants. Puis elle avait dĂ» prendre plusieurs travails. Et lorsque cela n'avait plus suffit, elle s'Ă©tait fait violence et avait acceptĂ© les avances d'un allemand prĂ©nommĂ© Hans. C'est lĂ  qu'elle avait rencontrĂ© Michel. Il Ă©tait barman lors d’une rĂ©ception Ă  la kommandantur de Lilles et lui avait proposĂ© un verre de champagne avant de l’inviter Ă  danser Ă  un bal sur le pont NapolĂ©on. Pour un temps elle s’était laissĂ© emporter par le rythme de la valse, pĂąmĂ©e dans les bras de cet homme qu’elle venait Ă  peine de rencontrer. Sa voix grave et solennelle l'avait complĂštement envoĂ»tĂ©e. Ce qu'elle ne savait pas encore, c'est que, plus qu'un serveur, Michel Ă©tait le chef de la rĂ©sistance de toute la partie nord de la France. Il avait su la convaincre de les rejoindre, sans trop de mal Ă  vrai dire : sa haine de l'injustice qu'elle constatait chaque jour autour d'elle, ses amis juifs enlevĂ©s en pleine nuit par la police française, son amour pour la France et cette passion indĂ©fectible pour cet homme si mystĂ©rieux l'avaient transformĂ© en vĂ©ritable Mata Hari. Elle passait des gens en zone libre, transmettait des informations, dĂ©robait des documents par le biais de Hans et de ses amis qu'elle dupait sans vergogne. Michel n'Ă©tait pas jaloux. Il aimait la France et savait que par amour on peut faire quelques sacrifices... Et puis elle prĂ©fĂ©rait lui mentir sur ce qui se passait avec Hans ; mĂȘme si le regard de Michel dans ces cas-lĂ  lui disait sans mot dire qu'il comprenait et souffrait pour elle. Pour plus de sĂ»retĂ© elle avait confiĂ© ses enfants Ă  sa sƓur. Cela demande un si grand sacrifice laissa-t-elle Ă©chapper d'une voix Ă©raillĂ©e de sanglots. Michel lui serre la main, tentant vainement de la rassurer
 Soudain un camion arrive. Les schleus s'Ă©crit Michel, ils cherchent sans doutent ceux qui ont fait dĂ©railler le train. Tous deux se mettent Ă  courir. Ils courent Ă  perdre haleine, leurs mains sont soudĂ©es. Le bruit des bottes se rapproche. Michel la pousse au dĂ©tour d'un sentier, le regard sĂ»r et plein d'amour. Ses yeux lui disent de rester cachĂ©e lĂ . Un bruit de mitraillette retenti, Michel tombe. Son dernier regard la supplie de se taire, de ne pas bouger. Et quand il comprend qu'elle comprend, il sourit et s’écrie « vive la France ! » juste avant la dĂ©tonation d'un luger assassin. Ils ont tuĂ© Michel, ils ont tuĂ© Michel crie-t-elle, le regard et le cƓur dĂ©chirĂ© ! Sa voix rĂ©veille tout l'Ă©tage. Mais non, Madeleine, je vais bien. Je suis lĂ  regardez. C'est moi
 Le docteur Michel
 Vous vous souvenez de moi ? Vous ĂȘtes tombĂ©e de votre lit. Mais tout va bien. C'est votre mĂ©moire qui vous joue des tours. Vos enfants sont venus vous voir. Le docteur prend Charlotte Ă  part et la rassure, l'informant sur l'Ă©volution de la maladie et lui prodiguant quelques conseils sur la façon d'aborder les pertes de mĂ©moire de leur mĂšre. Charlotte et Henri lui tiennent la main et l'embrassent. Une musique s'Ă©chappe d'une des chambres attenantes. DĂ©jĂ  madeleine n'est plus ici, son esprit se perd une fois encore. Mais pas de larmes dans ses yeux cette fois, Madeleine danse sur le pont NapolĂ©on, avec Michel.

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